Apprendre le roumain est bien plus abordable pour un francophone que ne le laisse croire son alphabet semé de signes inhabituels. C’est une langue romane, cousine du français et de l’italien, qui a en plus emprunté au XIXe siècle une foule de mots français. Avec un travail régulier, vous tiendrez une conversation simple au bout de quelques mois, et une vraie aisance demande en général un an et demi à deux ans.
Combien de personnes parlent roumain ?
Le roumain est la langue maternelle d’environ 24 millions de personnes, et de quelque 28 millions si l’on compte ceux qui le parlent comme langue seconde. La plupart vivent en Roumanie (environ 19 millions d’habitants) et en Moldavie, où il est langue officielle. Une diaspora importante le fait vivre en Italie, en Espagne, en Allemagne, au Royaume-Uni et en France, et on le parle aussi en Ukraine (surtout en Bucovine) et en Serbie. C’est l’une des 24 langues officielles de l’Union européenne.
Le lien avec la France est ancien : la Roumanie et la Moldavie sont membres de l’Organisation internationale de la Francophonie, et Eugène Ionesco, Emil Cioran ou Constantin Brâncuși sont nés en Roumanie avant de faire carrière en France.
À quelle famille de langues appartient le roumain ?
Le roumain est une langue indo-européenne du groupe roman, dont il forme à lui seul la branche orientale. Il est issu du latin populaire parlé dans la province romaine de Dacie. Pendant des siècles, il a évolué à l’écart du reste du monde roman, entouré de langues slaves, du hongrois, du grec et du turc. Chacune a laissé des traces dans le vocabulaire, mais la charpente grammaticale est restée latine.
Au XIXe siècle, les élites roumaines se sont tournées vers Paris, et le roumain a emprunté au français énormément de mots, surtout pour les notions abstraites et la vie moderne. Les linguistes parlent de « réromanisation ».
Le roumain ressemble-t-il au français ?
Oui, même si l’italien reste son plus proche parent. Un francophone qui lit un journal roumain reconnaît vite beaucoup de mots. À l’oral, c’est plus difficile au début.
| Roumain | Français | Italien |
|---|---|---|
| apă | eau | acqua |
| casă | maison | casa |
| a mânca | manger | mangiare |
| frumos | beau | bello |
| a lucra | travailler | lavorare |
| prieten | ami | amico |
| mersi | merci | grazie |
| șofer | chauffeur | autista |
Les premières lignes viennent du latin, même quand le français a pris un autre chemin : « casă » est de la même famille que notre « chez ». « Prieten », lui, est un mot slave, tout comme « da » (oui) ou « a iubi » (aimer), et là, le français ne vous aidera pas.
Les deux dernières lignes sont des emprunts au français. « Mersi » s’emploie tous les jours à côté de « mulțumesc », et la liste est longue : « trotuar » (trottoir), « birou » (bureau), « coafor » (coiffeur), « parbriz » (pare-brise).
Les faux amis entre le roumain et le français
| Roumain | Sens réel | Piège |
|---|---|---|
| carte | livre | une carte géographique se dit « hartă » |
| masă | table, repas | rien à voir avec « masse » |
| lume | monde, les gens | la lumière se dit « lumină » |
| a se uita | regarder | « a uita » veut dire oublier |
| a pleca | partir | aucun rapport avec « plier » |
Le roumain a-t-il des variantes et des dialectes ?
Oui, on distingue quatre grandes variétés :
- le dacoroumain, le roumain standard de Roumanie et de Moldavie, celui des cours,
- l’aroumain, parlé par des communautés en Grèce, en Albanie et en Macédoine du Nord,
- le méglénoroumain, aujourd’hui menacé, avec quelques milliers de locuteurs,
- l’istroroumain, que seul un petit groupe parle encore en Istrie, en Croatie.
Certains chercheurs considèrent les trois dernières comme des langues à part entière. L’apprenant, lui, n’a affaire qu’au standard.
Et le « moldave » ? C’est la même langue, avec un accent et une partie du vocabulaire qui diffèrent. En 2023, le parlement de Moldavie a remplacé l’expression « langue moldave » par « langue roumaine » dans les textes de loi. Vous vous ferez donc comprendre aussi bien à Bucarest qu’à Chișinău.
Le roumain est-il difficile pour un francophone ?
Plutôt non. Le Foreign Service Institute (FSI), qui forme les diplomates américains, classe le roumain dans sa catégorie la plus facile pour les anglophones, avec l’espagnol, l’italien et le français. Un francophone part avec une longueur d’avance.
Les genres, les conjugaisons et le vocabulaire de base vous seront familiers. Le passé composé se construit même comme en français, avec « avoir » et un participe : « am mâncat », j’ai mangé. L’orthographe est largement phonétique, sans les lettres muettes qui compliquent tant la nôtre. Seule surprise du début : le pronom sujet disparaît le plus souvent, « mănânc » suffit pour dire « je mange ».
Les vraies difficultés arrivent après les bases.
Combien de temps faut-il pour apprendre le roumain ?
D’après le FSI, un adulte anglophone a besoin d’environ 24 semaines de formation intensive, soit à peu près 600 heures de cours, pour atteindre un niveau professionnel. C’est une formation à temps plein ; avec un emploi, cela s’étale sur bien plus longtemps. Un francophone avance en général plus vite grâce au vocabulaire et à la logique des verbes, même si l’article et les cas demandent autant d’efforts à tout le monde.
À titre indicatif, pour un francophone qui étudie 30 à 45 minutes par jour :
| Objectif | Niveau | Temps d’étude estimé | En pratique |
|---|---|---|---|
| Se débrouiller en voyage | A1 | 40–70 heures | environ 2 mois |
| Conversation simple au quotidien | A2 | 100–180 heures | 4–7 mois |
| Conversation aisée, films sous-titrés | B1–B2 | 250–450 heures | 1 an à 1 an et demi |
| Aisance | C1 | 500–700 heures | 18 mois à 2 ans |
Ce sont des estimations, pas une garantie. Si vous parlez aussi italien ou espagnol, vous irez encore plus vite. La régularité compte davantage que le volume : deux heures le samedi rapportent moins que vingt minutes par jour, car le jeudi suivant, une bonne partie des mots du samedi est déjà oubliée.
Qu’est-ce qui pose le plus de difficultés en roumain ?
L’article défini collé à la fin du mot
L’article défini s’accroche à la fin du nom. « Lup », c’est loup, et « lupul », le loup. « Casă » signifie maison, « casa », la maison. Le principe est simple, mais les terminaisons varient selon le genre, le nombre et le cas.
Les cas
Le roumain compte cinq cas, ramenés en pratique à trois formes : nominatif-accusatif, génitif-datif et vocatif. C’est la grande nouveauté pour un francophone, même si nos pronoms en gardent une trace (il, le, lui). « Casa » devient « casei » au génitif : « acoperișul casei », le toit de la maison. La déclinaison porte surtout sur l’article.
Le neutre
Les noms neutres se comportent comme des masculins au singulier et comme des féminins au pluriel : « un scaun frumos » (une belle chaise), mais « două scaune frumoase » (deux belles chaises).
Le subjonctif à la place de l’infinitif
Le subjonctif ne vous est pas étranger, c’est son omniprésence qui surprend. Là où le français dit « je veux manger », le roumain dit « vreau să mănânc », littéralement « je veux que je mange ». Parfois, la construction est la même que chez nous : « trebuie să plec », il faut que je parte. Au niveau A2, c’est en général le plus gros obstacle grammatical.
La prononciation et les signes diacritiques
L’alphabet compte cinq lettres supplémentaires : ă, â, î, ș, ț. « Ș » se prononce comme le « ch » de « chat », « ț » comme « ts ». Le « ă » ressemble au « e » de « petit », un vrai avantage pour vous. En revanche, « â » et « î », qui notent le même son, n’ont pas d’équivalent en français : une voyelle prononcée au centre de la bouche, lèvres non arrondies, comme dans « România ».
D’autres réflexes sont à corriger :
- le « u » se prononce « ou » : « lup » se dit comme « loup »,
- le « r » est roulé, comme en italien,
- le « h » se prononce, comme un léger souffle,
- il n’y a pas de voyelles nasales : dans « în » ou « pâine », on entend le « n »,
- le « e » final se prononce : « carte » se dit à peu près « carté ».
Enfin, l’accent tonique n’a pas de place fixe : « masă » se prononce MA-să, « copil » (enfant) co-PIL. Il faut le retenir avec chaque mot.
Comment apprendre le roumain pour parler rapidement ?
Une liste de mots ne suffit pas pour se débrouiller dans une boutique ou chez le médecin. Il faut comprendre son interlocuteur, construire une réponse avec la bonne forme d’article et de verbe, puis la prononcer correctement. On progresse plus vite en travaillant tout cela ensemble, sur des situations concrètes, et en révisant chaque élément juste avant de l’oublier. C’est pourquoi 15 à 20 minutes par jour valent mieux qu’une heure de rattrapage le week-end.
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Questions fréquentes sur l’apprentissage du roumain
Le roumain est-il proche du français ?
Oui. C’est une langue romane, qui a de plus emprunté au français des mots comme « mersi », « birou » ou « trotuar ». La grammaire réserve en revanche des surprises : article placé à la fin du mot, cas et neutre.
Faut-il parler italien ou espagnol pour apprendre le roumain ?
Non, le français suffit comme point de départ. Une deuxième langue romane, surtout l’italien, facilite toutefois la mémorisation.
Combien de temps faut-il pour tenir une conversation en roumain ?
À raison d’une demi-heure par jour, un francophone atteint généralement le niveau A2 en 4 à 7 mois. Une vraie aisance demande un an et demi à deux ans de travail régulier.
Le roumain et le moldave sont-ils la même langue ?
Oui. Seuls l’accent et une partie du vocabulaire diffèrent. Depuis 2023, la loi moldave parle elle aussi de « langue roumaine ».
Par où commencer l’apprentissage du roumain ?
Par la prononciation et les 300 à 500 mots les plus fréquents, avec des phrases simples pour vous présenter, commander et demander votre chemin. La grammaire s’apprend ensuite progressivement, à partir de phrases toutes faites.
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